2. Une épouse de personne malade bénévole dans un centre de jour : un investissement du care élargi aux inconnu·e·s   (Chapitre 3) 
Résumé
Mme Keita profite du temps passé par son mari dans un centre de soins de jour pour être bénévole dans un (autre) centre de jour, tout en gardant régulièrement avec plaisir sa petite-fille. Cette vignette est analysée dans le livre par contraste avec le type de disposition genrée au care de Mme Van Bol (chapitre 3).
Description
  • Proche
  • Activité
  • Rythme de vie des proches
  • Disposition genrée
  • Centre (de soins) de jour
  • Bruxelles
  • Mr Keita
  • 2014
  • 90
  • Natalie Rigaux
Contexte
Mr Keita est né en 1944 en Guinée où il a obtenu un diplôme universitaire en physique, puis a été professeur à l'université de la 2ème ville du pays. Suite aux persécutions politiques dont les Peuls (son ethnie d'origine) furent victimes, Mr Keita a obtenu le statut de réfugié politique en Belgique où il a épousé une belge (toujours son épouse aujourd'hui) dont il a eu deux enfants. Le diplôme de Mr Keita n'ayant jamais été reconnu eu Belgique, il a eu une carrière professionnelle peu gratifiante qui s'est achevée en 2001 par un arrêt maladie suite à un harcèlement moral au travail s'étant accompagné d'une grave dépression. En 2008, après une chute due à un AVC, une démence vasculaire a été diagnostiquée, se surajoutant à la dépression. En 2011 (où je le rencontre), le dossier indique une « démence vasculaire modérée » et un MMS à 21/30. Pendant toutes les années où je l'ai rencontré à Ste Monique, un centre de soins de jour (jusqu'en 2016), son état est resté assez stable (selon l'équipe). A partir de 2009, une professionnelle est venue deux fois par semaine l'aider à faire sa toilette. A partir de 2010, il a commencé à fréquenter deux jours par semaine Ste Monique à la demande de son épouse. Celle-ci part une ou deux fois par an pour quelques jours (pour aller chez des amis ou accompagner un séjour à la mer du centre d'accueil de jours où elle est bénévole) durant lesquels des aide-familiales passent (en particulier pour assurer la prise des repas mais aussi une présence). A partir de 2017, c'est trois jours par semaine qu'il fréquentera le centre de jours.
Contexte Méthodologique
C'est par le centre de soins de jour Ste Monique (longuement décrit au chapitre 8 du livre) que j'ai rencontré Mr (qui y vient deux jours par semaine) puis Mme Keita (lors d'un diner avec les familles, puis chez eux). J'ai dès lors beaucoup d'observations de Ste Monique où intervient Mr Keita, deux entretiens avec Mme (en 2011 puis en 2014) et un centré sur Mr en 2011 (avec Mme) chez eux.
Vignette
Quand j'ai rencontré Mme Keita, je suis restée stupéfaite en apprenant que, tout en ayant exigé – comme Mme Van Bol – que son mari passe plusieurs jours par semaine dans le centre, elle-même en profitait pour être bénévole dans un centre d'accueil de jour proche de chez elle, où elle apportait son aide à des personnes souffrant de problèmes similaires à ceux de son mari. Sentant mon étonnement, elle s'en explique : « Vous avez vu vous-mêmes la joie qu'il peut y avoir dans ces lieux-là ! Et puis, j'aime m'occuper des autres ». J'apprends aussi qu'elle a été aide-soignante. Parmi les – rares – bénévoles rencontrées pendant mon enquête, il s'est agi le plus souvent de professionnelles (le féminin est ici de mise) du soin, profitant de leur retraite pour continuer à donner leur aide à des personnes malades. Par ailleurs, Mme Keita accueille deux jours par semaine au minimum son petit-fils (« C'est un cadeau pour nous ; ça met beaucoup de vie » me dit-elle à ce propos).